Quelle est la relation entre gestion de crise sociale et communication sociale ?

Un article de Gilles SABART, Docteur en droit, dans Acteurs de l’Economie-La Tribune

La personnalisation du nom des lois ou des rapports ou encore la dialectique des différentes organisations (think tanks, syndicats, etc) semble affaiblir le fond du débat, et in fine, le dialogue social entre les parties impliquées.

La sphère sociale est très souvent un bon client pour les journaux, les réseaux sociaux et autres médias. De véritables pièces de théâtre se jouent avec différents acteurs : au niveau du gouvernement avec des lois qui se succèdent et qui visent à moderniser le dialogue social : lois El Khomri, Macron, Rebsamen, Larcher, Aubry… chacun des ministres de l’Emploi, du Travail, des Affaires sociales, voire de l’Economie porte son nom à la postérité ; avec des jeux dans lesquels Matignon voire l’Élysée prennent les choses en main… ou non.

Au niveau des parlementaires issus des commissions des Affaires sociales comme Christophe Sirugue qui sont alors rapporteur de textes contestés de par leur meilleure réputation au sein des acteurs du dialogue social.

Sur le champ intellectuel avec les rapports Combrexelle, Badinter… sans parler des interventions à chaud des think tanks Terra nova vs Montaigne. Au niveau syndical, où l’on reprend les dialectiques syndicats réformateurs et contestataires. Et même aujourd’hui des tribunes dans la presse de parties prenantes comme les DRH de grands groupes… en dehors des organisations patronales classiques.

Perte de contrôle
L’exercice de la communication sociale est alors plus ou moins violent : chemise déchirée, attaque de commissariat par les étudiants, saccage de sous-préfecture, séquestration de cadres pour les plus extrêmes : le point commun de ces actes de violence est la perte de contrôle des acteurs et notamment des organisations syndicales.

Tout l’enjeu est alors de garder la maîtrise de la situation. Un véritable séquençage de la communication sociale se met en place : annonce puis rencontres une semaine plus tard en bilatéral, rencontre collective, rencontre chez le ministre, le Premier ministre, le Président de la République selon des formats variables : tête-à-tête avec les leaders syndicaux, en délégation, en conférence. Puis vient la sphère des parties influentes : les remèdes des think tanks…, l’annonce des parlementaires experts qui écrivent avant au Premier ministre, vs l’organisation de manifestation unitaire ou non. On notera d’ailleurs qu’il n’existe pas de rite de la conférence de presse commune comme pour la diplomatie. Il faudrait que le pouvoir s’affiche avec un contre-pouvoir.

La dialectique est aussi intéressante : écoutés, mais entendus ? Des points inacceptables et d’autres positifs, des points de blocage, entendre les incompréhensions et les doutes qui s’expriment, faire la pédagogie du projet ou des revendications, le compte n’y est pas encore… sont autant d’artifices pour maîtriser les troupes et instaurer un rapport de forces, peu importe les dispositions de fond de la loi : il s’agit de tenir les troupes.

La communication sociale prend en conséquence le dessus au débat de fond que doit mener le dialogue social.

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